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De l'extérieur, nous apparaissions comme deux amies d'enfance plutôt liées, assez sages. Mais en réalité, c'est avec une grande lâcheté que je n'ai pas exprimé la violence du mal-être qui m'animait. Et moins je l'exprimais, plus c'était violent, puisque je créais mon propre malaise et que je me laissais dominer."

C'est avant tout ces sensations-là que la cinéaste a eu envie de raconter et de sublimer dans un récit : "comment Marie peut-elle se laisser enfermer dans une relation de plus en plus malsaine ? Comment elle-même peut induire, par son comportement, cette relation malsaine ? En quoi la peur de l'une peut influencer le désir de domination de l'autre ? Il n'y a pas une méchante et une gentille, il y a une très jeune, un peu naïve, un peu lâche, un peu indolente, très malhabile, très séduisante et une plus mature, très seule, blessée, possessive, maladroite et amoureuse."


Le choix des actrices :

Pour le personnage d'Emma, Sophie Laloy souhaitait une actrice qui puisse déranger, et en regardant Isild Le Besco, elle a ressenti exactement ce qu'elle recherchait. "Elle était à la fois cruelle et sensible, puissante et fragile, dérangeante et excitante, confie la réalisatrice. Isild a apporté la luminosité et la présence physique qu'imposait le rôle d'Emma et son côté glamour, sa blondeur, son mystère envoûtant me rappelle les héroïnes d'Hitchcock ou de Lynch." La cinéaste imaginait une comédienne ayant une certaine innocence pour incarner Marie, "une jeune femme sensuelle pleine de formes pouvant jouer l'ingénue avec simplicité". Elle a été immédiatement séduite par Judith Davis, "qui a parfaitement réussi à jouer l'ambiguïté et le mensonge avec la candeur et l'innocence nécessaires à la sympathie du personnage."


Samantha POUCET-FRANQUET
© Studio JACARANDA 2009

 

CULTUREMEDIAS - DVD « Je te mangerais»

Je te mangerais

Marie quitte sa famille pour aller vivre à Lyon et y étudier le piano au conservatoire. Pour des raisons économiques, elle partage l'appartement d'Emma, une amie d'enfance, qui y vit seule depuis la mort de son père et la désertion de sa mère. Marie se soumet aux règles de vie imposées par sa colocataire, toujours plus oppressante. Emma la fascine, la domine, la bouleverse. Marie se débat entre son désir pour elle et son envie de lui échapper, puisant sa force dans l'amour pour le piano.

Je te mangerais s'inspire de l'expérience personnelle de Sophie Laloy, qui, avant de devenir ingénieur du son pour le cinéma, se destinait à une carrière musicale. "Les premières grandes émotions de ma vie, je les ai ressenties alors que je jouais des morceaux de musique classique, explique la réalisatrice. J'ai donc intégré le Conservatoire de Lyon afin de devenir concertiste. Pendant ma première année d'étude, j'ai vécu en collocation avec une amie d'enfance, pour les mêmes raisons initiales que celles de Marie. Cette amie était propriétaire et avait le sens du concret qui me manquait, mais je me suis sentie oppressée par cette relation.

De l'extérieur, nous apparaissions comme deux amies d'enfance plutôt liées, assez sages. Mais en réalité, c'est avec une grande lâcheté que je n'ai pas exprimé la violence du mal-être qui m'animait. Et moins je l'exprimais, plus c'était violent, puisque je créais mon propre malaise et que je me laissais dominer."

 

 

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